Études transculturelles

Équipe « Études transculturelles »

Responsables : Si Yan Jin et Jean-Paul Rosaye

Problématique générale

Toute société (toute culture, toute civilisation) transmet un héritage et perpétue une matrice culturelle dépositaire de son identité à travers le temps, en la transformant au gré des évolutions du monde. Comment rendre compte de cette transformation ? Il semble que l’on puisse discerner deux points de vue assez tranchés (avec entre eux des nuances possibles, bien entendu) et proposer une résolution dialectique qui rende compte de la complexité et des potentialités d’un travail sur la transculturalité.

Soit on considère que les civilisations se développent en interne : c’est le point de vue internaliste de Samuel Huntington, qui avalise à terme l’idée d’un choc inévitable des civilisations quand les oppositions sont trop flagrantes, quand elles entrent en concurrence pour leur développement démographique, économique ou stratégique.

Soit on envisage le contraire, une position externaliste voire mondialiste selon laquelle toute civilisation a besoin d’être fertilisée par d’autres civilisations pour se transformer, en gardant intacte l’influence étrangère.

On peut enfin adopter un point de vue non pas intermédiaire, mais plus universel, en affirmant que la réception de l’influence extérieure est fondamentale quand elle induit une réforme intérieure : une reprise de l’identité de chaque civilisation dans un renouveau, une ré-forme de son sens intrinsèque. Les ressorts de ce mécanisme justifient l’exploration d’un champ de travail tout aussi légitime que passionnant.

De cette problématique découle une argumentation…

L’évolution culturelle d’une civilisation ne se fait pas en vase clos. Elle est soumise à l’impératif d’une influence externe, à la réception de ce qui lui est étranger, différent - au premier abord - mais aussi aux modalités d’une (re)connaissance. Le « re » est important car toute découverte, pour qu’elle soit intégrable, s’effectue grâce à une redécouverte et une réadaptation de schèmes culturels internes. Pour le dire autrement, les phénomènes culturels, linguistiques et sociétaux des civilisations coordonnent une interaction entre l’interne et l’externe et reposent autant sur une connaissance de l’externe que sur l’adaptation d’une matrice culturelle interne. L’objectif des études transculturelles est donc de rendre compte des phénomènes de transmission et de transformation de l’identité des cultures et des civilisations à partir de leur réception et de leur critique.

…  et certaines directions d’étude

-                     Les phénomènes de transmissionde l’héritage (de la tradition, de la mémoire) avec une attention particulière portée à la notion d’identité,

-                     les phénomènes de transformation de la matrice culturelle interne (ils engagent une réflexion sur la nature de l’influence et de la réception critique dans les processus d’émergence et de création), et

-                     les phénomènes de traduction et d’interprétation de ce qui est autre en vue de son adaptation à une matrice culturelle.

Déploiement d’une nouvelle thématique de recherche « Éthique et inégalité(s) »

L’éthique a pour but de gérer, voire de réduire les inégalités ; et les inégalités requièrent, sollicitent en retour une exigence éthique. Traiter de ce sujet n’implique pas nécessairement que l’on se positionne exclusivement sur la corrélation, que l’on privilégie la relation entre éthique et inégalité(s) par rapport à l’étude spécifique de chacun des termes. On peut réfléchir sur les inégalités dans le cadre des études de civilisation, étudier le traitement de l’inégalité dans la littérature par exemple (la vie est tragique) ; ou bien alors, travailler sur l’éthique comme système, ou comme gestion-management de l’inégalité ou des inégalités dans les cultures que l’on étudie.

Cette nouvelle thématique rencontre notamment des problématiques traductologiques

Le centre de traduction de l’Union Européenne a été fondé en 1994 du fait de l’augmentation du nombre de langues officielles (11 en 1994, 23 en 2013). Peut-on parler d’une éthique de la traduction dans un cadre européen ? Comment s’est effectuée la gestion de l’inégalité des langues dans les représentations géopolitiques et géoéconomiques européennes, voire mondiales ? L’anglais, nouvelle lingua franca, est devenue la langue mainstream, dominante, parlée et écrite par la majorité. Dans quelle mesure la tension majorité-minorités est-elle fonctionnelle dans le monde de la traduction ?

Plus généralement, n’est-ce pas un des fondements de l’éthique que de réfléchir sur la notion de mainstream – de courant dominant, de norme dominante, de représentation dominante ? C’est une réflexion qui s’étend également aux conditions de l’herméneutique, et elle rejoint les considérations transculturelles, telles qu’elles ont été exposées depuis la création de l’axe. Elles sont opposées à la vision internaliste des civilisations telle qu’on la retrouve par exemple chez Samuel Huntington, mais aussi à une vision externaliste et mondialiste stricte.