Études transculturelles

Équipe « Études transculturelles »

Responsables : Si Yan Jin et Jean-Paul Rosaye

A- Culture, aires culturelles, civilisations…

Depuis la publication de l’ouvrage Le choc des civilisations en 1996, dans lequel Samuel Huntington répondait au livre de Francis Fukuyama La fin de l'histoire et le dernier homme (1992), il n’est plus possible de faire l’économie d’une réflexion sur ce que recouvrent les termes « culture », « aires culturelles », « civilisations », car ils sont au centre de polémiques où le raccourci idéologique dispute la vérité aux a-priori impressionnistes.

À l’évidence, nous vivons aujourd’hui dans un contexte mondialisé. Les gens, les marchandises, mais aussi les cultures et les idées migrent ; si bien que la connaissance du monde et les discours que l'on peut tenir sur lui sont confrontés à une situation épistémologique complexe.

Cependant, soutenir la thèse forte que nous vivons dans un monde post-national où prédomine une vision globale instruite par un ordre épistémologique spécifique et déterminant demeure aventureux, et une réflexion s'impose quant aux modalités et aux enjeux de l'homogénéisation des cultures. En d'autres termes, la transculturalité est un objet de recherche digne d'être étudié.

Au sens large, on peut définir le transculturel comme ce qui transcende les géographies, les histoires et les représentations nationales en dépassant le cadre exclusif des matrices culturelles fondées sur une langue, un territoire et une civilisation spécifique. Ce qui est transculturel peut se dire et a une valeur dans plusieurs cultures simultanément.

En tant que tel, le transculturel vise donc l'universel. Mais la question est de savoir si c'est la seule voie possible, ou si les cultures peuvent y prétendre dans leur particularité même, à travers la transmission de leur idiome, ou encore si le dialogue interculturel constitue en soi une condition favorisante.

Il peut sembler aujourd'hui que les fondements de chaque culture soient remis en question par l'apparition de nouveaux paradigmes transculturels et transnationaux, mais les nations existent encore, comme le montrent régulièrement les grandes instances et les grandes réunions internationales : les civilisations restent distinctes, la culture demeure irrémédiablement plurielle.

B- Problématique générale et directions d'étude

Toute société (toute culture, toute civilisation) transmet un héritage et perpétue une matrice culturelle dépositaire de son identité à travers le temps, en la transformant au gré des évolutions du monde. Comment caractériser cette transformation ? Il semble que l’on puisse discerner deux points de vue assez tranchés, avec entre eux des nuances possibles.

Soit on considère que les civilisations se développent en interne : c’est le point de vue internaliste de Huntington, qui avalise à terme l’idée d’un choc inévitable des civilisations quand les oppositions sont trop flagrantes, quand elles entrent en concurrence pour leur développement démographique, économique ou stratégique.

Soit on envisage le contraire : c’est-à-dire que toute civilisation a besoin d’être fertilisée par d’autres civilisations pour se transformer en gardant intacte l’influence étrangère.

On peut enfin adopter un point de vue non pas intermédiaire, mais plus universel, en affirmant que la réception de l’influence extérieure est fondamentale quand elle induit une réforme intérieure : une reprise de l’identité de chaque civilisation dans un renouveau, une ré-forme de son sens intrinsèque. Les ressorts de ce mécanisme justifient l’exploration d’un champ de travail tout aussi légitime que passionnant.

D’où le parti-pris suivant : l’évolution culturelle d’une civilisation ne se fait pas en vase clos. Elle est soumise à l’impératif d’une influence externe, d'une (re)connaissance, à la réception de ce qui lui est étranger, différent, au premier abord. Le (re) est important car toute découverte, pour qu’elle soit intégrable, s’effectue grâce à une redécouverte et une réadaptation de schèmes culturels internes. Pour le dire autrement, les phénomènes culturels, linguistiques et sociétaux des civilisations coordonnent une interaction entre l’interne et l’externe et reposent autant sur une connaissance de l’externe que sur l’adaptation d’une matrice culturelle interne.

Cela justifie tout l’intérêt que l’on peut porter à des études transculturelles. Leur objectif est de rendre compte des phénomènes de transmission et de transformation de l’identité des cultures et des civilisations à partir de leur réception et de leur critique. Les éléments suivants seront donc abordés en priorité : les phénomènes de transmission de l’héritage (de la tradition, de la mémoire) avec une attention particulière portée à la notion d’identité, les phénomènes de transformation de la matrice culturelle interne (ils engagent une réflexion sur la nature de l’influence et de la réception critique dans les processus d’émergence et de création), et les phénomènes de traduction et d'interprétation de ce qui est autre en vue de son adaptation à une matrice culturelle.

C- Organisation des travaux de l'équipe

L'équipe « Etudes Transculturelles » entend poursuivre les travaux de l'axe « Orient-Occident » dont elle est issue avec pour objectif de les élargir à d'autres champs que celui de l'interaction entre ces deux civilisations.

« Orient-Occident » a regroupé des enseignants-chercheurs provenant majoritairement de l'UFR de langues de l'université d'Artois, travaillant chacun dans leur spécialité de départ (anglicistes, hispanistes, sinisants, germanistes...) et selon un angle d'approche spécifique (linguistique, littérature, civilisation …) Fort d'une expérience de plusieurs années et animé par le souci de définir, de penser et de comprendre plus avant les relations entre l'Orient et l'Occident, cet axe avait vocation à intégrer des doctorants, à s'ouvrir à des représentants d'autres disciplines (historiens et géographes, philosophes et sociologues, etc.), et à poursuivre l'exigence d'interdisciplinarité figurée par son intitulé même. « Etudes Transculturelles » continue sur cette lancée, mais afin d'optimiser les objectifs décrits précédemment et parvenir à mieux circonscrire l'enjeu de la transculturalité, les travaux de cette nouvelle équipe se diviseront en trois grandes ramifications :

- une branche « civilisations »  sera chargée de continuer ce qui a déjà été engagé par l'ancien axe « Orient-Occident », et le domaine d'investigation pourra s'étendre aux civilisations de l'Afrique et de l'Amérique,

- une branche « langue et traductologie » se penchera sur le contact des cultures par la langue et la traduction,

- une branche « concepts et histoire des idées » étudiera les conditions de perméabilité, d'extension et d'adaptation des idées et des concepts dans les cultures.

Une connaissance réciproque entre les cultures, une intelligence collective et une recherche transculturelle étroitement liée à la formation universitaire et doctorale constituent la mission de l'équipe « Etudes transculturelles ». Reconnaître l’importance des cultures et des civilisations est crucial pour leur développement. Les cultures ne sont pas substituables, mais elles sont nécessaires pour l'enrichissement, le raffinement, et la découverte de leur spécificité propre.